samedi 15 février 2014

Sondage sur les municipales à Epinay

Ces dernières semaines, Epinay Citoyen a organisé un sondage sur les élections municipales 2014 avec un groupe d'étudiants en statistiques qui participent au collectif que nous sommes. À partir des données démographiques d'Epinay sur Seine (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, niveau d'éducation) ils ont ainsi établi un sondage aussi fiable que possible pour l'élection de mars 2014.

L'enquête a été faite par téléphone entre le 10 et le 13 février 2014 auprès de 283 personnes résidant et votant à Epinay sur Seine et qui ont accepté de répondre à nos questions. La marge d'erreur estimée par nos statisticiens varie entre environ 1,8% (pourcentage de 5% ou 95%) et 2,9 % (pourcentage de 50%) pour la question 1 jusqu'à 2,4 et 3,3 pour les questions 2 et 3.

Ce sondage va permettre à chacun de suivre de plus près cette campagne en tout indépendance des sondages qui sont faits sur les commandes de tel ou tel candidat!

Indice de participation

Question 1 : comptez-vous participer au premier tour de l'élection municipale le 23 mars prochain ?



Commentaire : le taux d'abstention (si l'élection avait lieu à l'heure actuelle) serait à peu près intermédiaire entre l'abstention très élevée de 2001 et celle très faible de 2008. Ce chiffre cache d'importantes disparités, entre les sexes (abstention de 55,4% pour les hommes contre 43,2% pour les femmes), entre les âges (de 62% d'abstention chez les 18-29 ans à seulement 38% pour les 60 ans et plus) ou encore entre les sympathies politiques.
L'électorat de droite étant plus mobilisé à 64%, avec des différences record de participation selon les proximités de partis, par exemple à gauche 54% de participation pour l'électorat proche du Front de gauche alors que l'électorat proche d'Europe Ecologie Les Verts ne se mobiliserait qu'à 31%.

Intention de vote au 1er tour

Question 2 : Si l'élection avait lieu demain, pour quel candidat candidat voteriez vous entre (par ordre alphabétique) Oben Ayildiz (DVD), Hervé Chevreau (UMP-UDI), Daniel Rigault (PC-FDG) et Yannick Trigance (PS-EELV-DVG), ou encore blanc/nul ?



Commentaire : ces chiffres se basent sur les personnes de notre échantillon qui ont indiqué qu'ils pensaient participé au vote, d'où une marge d'erreur un peu plus importante (voire introduction).
À noter également que sur l'ensemble des personnes interrogées, plus de 15% des personnes ont indiquée ne pas savoir pour qui voter (à rajouter à l'incertitude des personnes qui ont une idée de leur choix mais qui peuvent encore changer d'avis).


Intention de vote au 2e tour

Question 3 : Dans le cas où il y aurait un deuxième tour et qu'il avait lieu demain et qu'il opposait Hervé Chevreau et Yannick Trigance, quel serait votre vote (ou encore blanc/nul) ?



Commentaire : Si l'élection avait lieu demain, Yannick Trigance serait donc élu maire d'Epinay sur Seine. Les voix de gauche cumulée au 1er tour représentent 50,7% des votes exprimés, le candidat socialiste améliorerait donc ce total au 2e tour. Cela serait un cas assez classique notamment par le jeu des reports de voix et par le décalage de participation. Ainsi des personnes qui hésitent encore sur leur vote au premier tour connaissent par contre leur choix au 2e tour (seules 9% de personnes restent incertaines au lieu de 15% au premier tour).

mardi 28 janvier 2014

Les juteuses affaires immobilières des élus d'Epinay


Malgré le manque d'informations sur la ville et ce qui s'y passe, on trouve quand même quelques pistes intéressantes qui permettent de mener nos petites enquêtes.

Il suffit en effet pour une personne déterminée de partir éplucher les conseills municipaux qui sont disponibles sur le site de la mairie. Malheureusement il y a seulement les conseils depuis 2008, mais c'est déjà suffisant pour trouver des choses étonnantes, surtout sur des transactions immobilières.

Le prix d'un terrain divisé par 8 pour un adjoint du maire

Voilà d'abord ce qu'on trouve quelques mois avant l'élection municipale de 2008, le 24 janvier 2008. Peut-être qu'à l'époque le maire et ses amis se disaient qu'il fallait profiter tant qu'ils y étaient, peut-être ce n'était pas la première transaction de ce type non plus, en tout cas voilà ce qui a été décidé à l'époque :



Donc pour "traduire" cette procédure dans un langage plus compréhensible, la mairie a déclassé un terrain municipal et l'a vendu à Mr et Mme Konieczny... pour 14.280 € !!! Soit 105 € du mètre carré, le tout dans les quartiers les plus chers d’Épinay. Et rappelons-nous qu'en janvier 2008 c'était avant la crise, donc avec les prix de l'immobilier qui battaient des records historiques.....

Pourtant les prix au mètre carré n'ont rien à voir à cela : le baromètre du prix moyen dans le 93 affiche 759€ actuellement (alors que la crise est passée par là), et rappelons que c'est un quartier cossu, bien au-dessus des moyennes... C'est donc un prix au moins 7 ou 8 fois inférieur à la normal qui a été payé.

CE TERRAIN A DONC ETE ACHETE 14.280€ AU LIEU DE 100.000€ AU MOINS!!!

Or qui est Mr Konieczny ? Tout simplement le 1er adjoint d'Epinay-sur-Seine depuis 2001 ! Ami personnel du maire depuis qu'ils font de la politique ensemble (il était son suppléant quand il se présentait aux élections pour le parti de De Villiers dans les années 90).

Encore plus, on voit sur le satellite que le domicile de Mr Konieczny mentionné est juste contre ce terrain acquis en 2008, ce qui lui a permis de gagner beaucoup plus de valeur que simplement le montant payé!!

Extrait du cadastre montrant la réunion de la parcelle originale (63) de Mr Konieczny avec la parcelle achetée à la mairie (224). Une affaire en or !

Il serait aussi intéressant de savoir comment la mairie s'est retrouvée avec ce terrain à vendre, comme par hasard au fond du jardin du 1er adjoint de la ville. Et à quel prix au départ il avait été acquit...

En tout cas ça aurait dû au minimum faire l'objet d'une transaction négociée par un intermédiaire indépendant. Mais pas à Epinay-sur-Seine....

Un pavillon à moitié prix...

Ce n'est pas tout, car en regardant plus loin dans les affaires du même genre, on voit encore un dossier immobilier qui retient notre attention à la date 25 novembre 2010. Peut-être le sentiment d'impunité était devenu irrésistible ?



On voit bien encore une fois un problème. Tout le monde peut constater qu'à l'adresse mentionnée se trouve un joli pavillon spacieux et récemment rénové (avant ou après la transaction ? c'est une bonne question...), d'une centaine de mètres carrés. Un type de bien très recherché selon les experts immobiliers que nous avons contactés. Pour un bien de ce genre, les prix actuels sont d'environ 350.000€ actuellement, comme on peut le vérifier sur les sites de vente d'immobilier en ligne. Avant la baisse récente ils étaient de plus de 400.000 euro et encore autour de 400.000 euros en 2010 (dixit plusieurs agents immobiliers d'Epinay).

CE PAVILLON A DONC ETE ACHETE 190.000 € AU LIEU DE 400.000€ ENVIRON!!!

Donc en achetant ce bien, la personne concernée a encore une fois fait une belle affaire en payant moins de la moitié du prix normal ! Et qui est cet acheteur mystérieux ? On vous laisse vérifier : on avait déjà parlé de cet autre adjointe, fidèle du maire et qui bénéficie à plein régime de son système.

Des procédures non respectées

Il y a des procédures pour les transactions immobilières entre une commune et des particuliers. Quand les montants sont importants, quand on a un doute sur la valeur d'un bien, ou encore quand il y a un risque de conflits d'intérêt, les villes se tournent en général vers une solution négociée via un intermédiaire, un mandataire immobilier qui garantit un peu la transparence et permet d'éviter les abus (ou au moins d'éviter qu'ils soient aussi graves).

Ces procédures n'ont pas été respectées, et dans cette situation le conflit d'intérêt nous apparaît comme assez sûr.

Pendant qu'on trime ils profitent

Il faut bien comprendre que dans cette affaire des élus de la mairie se sont offerts des logements très confortables à des prix absolument incroyables en région parisienne. Le tout sur le dos de la ville, donc de nous, SPinassiens, contribuables, qui travaillons, qui avons des problèmes quotidiens et qui contribuent au budget de la mairie par nos impôts !

Ils profitent et s'enrichissent avec notre argent, pendant que le maire s'augmente généreusement ! Qui peut trouver ça normal ?

Enfin pour conclure, ces informations nous paraissent suffisamment scandaleuses et s'apparentent à un grave conflit d'intérêts, voire à une affaire de corruption à l'échelle d'Epinay-sur-Seine (ceci n'est qu'une supposition, un soupçon, et en rien une affirmation).

Il faut que les Spinassiens le sachent et se bougent!!! Prenons les choses en mains!!!

lundi 20 janvier 2014

Quels engagements des candidats par rapport à leurs indemnités?

Aujourd'hui il y a 2 candidats déclarés pour la mairie d'Épinay : Hervé Chevreau (maire sortant, droite) et Yannick Trigance ("gauche unie") même si d'autres se préparent à peut-être se présenter aussi.

On peut se poser des questions : Combien gagnent-ils grâce à leurs indemnités ? Combien nos votes leurs rapportent-ils et pour quels résultats ?

Pendant la crise Chevreau s'est augmenté de 107%

Dans la foulée de sa réélection en 2008 le maire actuel avait très généreusement augmenté son salaire (on parle pour un élu d'indemnité):

  • le 25 mars 2008 d'abord une première fois le maire est passé de 90% de l'indice des maires (dit indice 1015, article L2123-23 du code des collectivités territoriales) à 110%, en profitant du passage de la ville au dessus de la barre de 50 000 habitants. On comprend mieux pourquoi on voit partout des panneaux qui montrent le maire se réjouir de l'arrivée de nouveaux habitants !!!! 
  • le 17 décembre 2009 il a profité d'une mesure permettant aux maires des zones sensibles de passer à l'échelon supérieur (R2123-23), et a donc fait voter par le conseil municipal une augmentation à 145% qui correspond à l'indemnité du maire d'une ville de 100 000 habitants
  • en plus de cela le maire s'offre une majoration de 15% sur ces indemnités, à chaque fois revotée par son conseil municipal, il la reverse aux conseillers municipaux (qui n'ont pas d'indemnité d'habitude) mais ça reste un coût important.
  • l'équipe du maire (adjoints et conseillers municipaux délégués) ont aussi "droit" à des augmentations.
  • Chevreau a été élu conseiller général aux cantonales de 2011, ce qui lui rajoute une indemnité mensuelle de 2661€ par mois (et il n'a pas baissé son indemnité municipale pour autant...)

Donc pendant son dernier mandat l'indemnité d'élu de Chevreau est passée d'environ 3780€ par mois avant 2008 à un total de 7800€ par mois soit +107% !!! Rappelons qu'en plus, les indemnités des élus ne sont pas soumises à l'impôt sur le revenu et ont un régime fiscal spécial.

Et comme les adjoints et conseillers municipaux eux aussi ont eu droit à des augmentations le coût total des indemnités des élus de la mairie a plus que doublé en passant de moins de 12000€ avant 2008 à 26522€ par mois !!! Les adjoints touchent 1479 €/ mois, les conseillers municipaux délégués 226,95 €/ mois et les conseillers municipaux 89 €/mois.

Et même si ces augmentations sont légales il faut retenir 2 choses :
- Hervé Chevreau s'est généreusement augmenté en 2008-2009 au plus fort de la crise quand des milliers de personnes à Epinay étaient dans la difficultés et perdait leur emploi !
- son indemnité est payée avec l'argent de la ville, donc l'argent des Spinassiens et l'argent qui va dans sa poche ne va pas dans des projets pour la ville ou dans l'aide pour les gens !


Il faut des engagements clairs

Nous demandons donc solennellement aux candidats déclarés et éventuellement aux autres :

- à combien ils ont l'intention de fixer leur indemnité et celle de leur équipe après l'élection : dire "nous ne nous augmenteront pas" ne peut pas suffire (de toute façon ce n'est pas légal...) car cet argent est celui des Spinassiens avant tout et la mairie doit donner l'exemple et se serrer la ceinture comme tout le monde
- que vont-ils faire par rapport au cumul des mandats et s'ils gardent leurs autres fonctions (conseiller général, conseiller régional) vont-ils réduire leurs indemnités d'autant qu'ils gagnent d'argent à côté ?

Rappelons que le principe de base est dicté par l'article L2123-17 du Code des collecitvités territoriales :

Les fonctions de maire, d'adjoint et de conseiller municipal sont gratuites.

Il serait bon de le rappeler aux premiers concernés !


mercredi 8 janvier 2014

Le jour où Chevreau a envoyé l'avocat de Sarkozy pour faire taire Epinay Citoyen

Suite à la publication de cet article sur Épinay Citoyen on a reçu quelques jours après ce courrier sur l'adresse e-mail du blog :


Hervé Chevreau est-il raciste ? Ce n'est pas à nous de le dire !

Notre premier réflexe a été de faire quelques modifications sur l'article pour retirer toute référence à la question du racisme. Après tout les témoignages parlent d'eux même sur sa conception de l'être humain, et nous ne sommes pas juges et pas qualifiés pour affirmer que Hervé Chevreau est ou n'est pas raciste. D'ailleurs, à Epinay Citoyen, nous affirmons bien haut et fort ne pas dire qu'il le serait et laisser chacun se faire sa propre opinion. Merci donc de ne pas nous accuser de diffamation car nous ne diffamons personne ici, c'est promis.

Par contre il était hors de question de supprimer le contenu des témoignages puisqu'ils sont de source sûre et que nous avons d'ailleurs beaucoup plus de témoignages que ceux publiés, et beaucoup de témoins qui accepteraient bien sûr de témoigner même devant un tribunal... A partir de ces témoignages, chacun pourra considérer comme il veut les propos de Monsieur Chevreau. Ce n'est pas notre problème.

A ce sujet nous avons heureusement aussi au sein de notre collectif des gens qui connaissent le droit et savent donc très bien gérer ce genre de situation. Si c'est une intimidation que cherchait le maire en tout cas, qu'il sache qu'il est loin d'intimider qui que ce soit chez nous. Mais évidemment on n'accuse personne, on fait juste une hypothèse qui nous est passée par la tête, mais c'est peut être farfelu.

De plus, nous avons aussi notre sens des responsablités : ce sont des amis, et même des gens qui ont envoyé leur témoignage par email ou sur facebook et nous savons qu'ils s'inquiéteraient si c'était connu de certains responsables politiques... Donc on préfère aussi éviter tout ce qui pourrait causer à ces témoins des problèmes.

Donc une chose est sûre : Epinay Citoyen protège ses sources et continuera à les protéger !

Les belles relations de Hervé Chevreau

Après forcément nous aussi nous avons notre curiosité, et on s'est intéressés à ce personnage de Philippe Blanchetier, avocat parisien qui nous a expédié cette correspondance.

Voilà une liste non exhaustif des clients de Philippe Blanchetier jusqu'à aujourdhui :
- Nicolas Sarkozy (procès contre le journal Le Matin, affaire des comptes de campagne 2012)
- UMP (affaire du lipdub et comptes de campagne 2012)
- Brice Hortefeux (affaire de la "blague raciste" des auvergnats)
- Henri Guaino (diffamation contre DSK)
- David Douillet (attaque contre Eva Joly)
- Eric Raoult (maire du Raincy)
- Christian Estrosi (affaire emprunts toxiques de Nice)
- Jacques Chirac (affaire des emplois fictifs)

Après s'être offert un loft à Enghien avec vue sur le lac et le casino, Chevreau choisit donc l'avocat de la "crème" des hommes politiques de la droite "décomplexée" ! Et il ne manquerait plus que de découvrir que c'est avec l'argent du contribuable que les honoraires de cet avocat sont rémunérés... Mais nous n'affirmons rien bien sûr, nous posons juste des questions...

Enfin,en y réfléchissant, vu les affaires dans les situations cités ci dessus et le verdict donné par les juges on peut se poser des questions... Bien sûr, on peut affirmer qu'il n'y a jamais eu d'emplois fictifs à la mairie de Paris sous Chirac, et que les comptes de campagne de Sarkozy n'ont pas été trafiqués, par exemple. Mais on est quand même tenté de ce dire que cet avocat est spécialisé dans les cas désespérés. En allant frapper à sa porte c'est presque comme si Chevreau voulait faire un aveu...

En tout cas on sent bien qu'un homme comme Hervé Chevreau doit être fier d'avoir le même avocat que des gens aussi irréprochables !



dimanche 5 janvier 2014

Épinay tranxène : mairie à vendre (janvier 2014)


Et bien sûr nous vous souhaitons une superbe année 2014 ! Qu'elle apporte beaucoup de bonheur et de prospérité à tous les habitants d'Epinay !

mardi 17 décembre 2013

L'Ilo du docteur Chevreau

Cette tribune est une contribution excellente d'un sympathisant d'Epinay Citoyen, Jean F., dont la connaissance des mécanismes et des pièges de la grande distribution et la grande expérience de militant associatif lui ont donné un regard pointu sur le nouveau centre commercial l'Ilo réalisé à Epinay-sur-Seine.


La grande distribution et la banlieue une histoire vouée à l'échec

L'Ilo a été inauguré à Epinay-sur-Seine le 27 novembre 2013. Il est une réalisation principale du maire Hervé Chevreau, qui a consacré des moyens financiers reçus tous azimuts (50 millions d'argent public !) pour aider à cette construction et à l'installation d'un hypermarché Auchan et de presque 40 enseignes dans des boutiques.

Mais ce maire a tort d'affirmer que c'est un "nouveau" centre commercial. Car si la construction est nouvelle, elle a été faite sur l'emplacement d'un ancien centre commercial, "Epicentre" que les Spinassiens ont connu jusqu'au milieu des années 2000.

Epicentre était un gouffre financier et commercial. Ce fut d'abord un Super M, l'enseigne de Monoprix sur le créneau de l’hypermarché. Le groupe Monoprix a ouvert à partir de 1968 des magasins Super M, principalement en banlieue parisienne (Bois d’Arcy, Malakoff). Ces magasins n'ont pas connu le succès et ces hypers ont ensuite fermé.

A Epinay le Super M d'Epicentre a fermé dans les années 90. Il a fallu trouver une nouvelle enseigne. C'est finalement Leclerc qui s'était installé au coeur d'Epinay mais encore une fois ce fut un échec et la fermeture quelques années plus tard. Maintenant donc c'est Auchan qui ouvre. Mais les défauts restent les mêmes : endroit peu accessible par l'automobile, parking cher, et insécurité dans les magasins et autour.

La question se pose donc : 

Après deux échecs était il vraiment intelligent de tenter le même pari une 3e fois ?

En 1973 le groupe humoristique "Les Charlots" a fait une grande satyre de cette manie des villes de banlieue de faire des hypermarchés.Et quand on le revoit on ne peut pas ne pas penser à l'Ilo à Epinay. La ville a des problèmes : chômage ou petits boulots, logements mal construits et sans confort, transports catastrophiques et bondés, et des jeunes souvent désoeuvrés... mais malgré tout l'esprit d'entraide et le côté bon enfant qu'on trouve encore dans les quartiers !

Et donc, dans ce film, un supermarché "Euromarché" sort de terre pour satisfaire la populatione t surtout les appétits voraces de la grande distribution qui se développe alors (Epicentre date de cette époque). D'ailleurs le film a été tourné en banlieue parisienne et c'est le magasin d'Athis-Mons (Essonne) qui a servi de décor pour le film.

On y voit exactement les mêmes stratagèmes qu'à l'Ilo d'Epinay : ouverture en fanfare avec une ambiance festive artificielle et pleine de bruit (voir couverture de "Epinay tranxène" ci-dessous), promos tape à l'oeil, activités pseudo-ludiques qui infantilisent la clientèle...

Les conclusions du film restent valables, malgré l'image plus "hype" que veut se donner l'Ilo :
- la grande distribution en banlieue ne change pas la vie des gens, ne crée pas de valeur ajoutée et d'emploi
- elle tue le petit commerce (comme l'épicerie tenue par Michel Galabru dans le film et qui est un vrai lieu de rencontre et d'entraide)
- elle prend les clients et habitants de banlieue populaire pour des purs consommateurs
- elle n'a qu'un but : faire dépenser l'argent des gens, TOUT leur argent... même s'ils n'en ont pas beaucoup !


L'hypermarché et l'hypermarchandise (Jean Baudrillard)

Jean Baudrillard était un pionnier de la pensée de l'écologie sociale et il fut l'un des premiers à décrire la perversité de la grande distribution et de l'hypermarché. Voilà un extrait de L'effet Beaubourg en 1978.

A trente kilomètres à la ronde, les flèches vous aiguillent vers ces grands centres de triage que sont les hypermarchés, vers cet hyperespace de la marchandise où s'élabore à bien des égards une socialité nouvelle. Il faut voir comment il centralise et redistribue toute une région et une population, comment il concentre et rationalise des horaires, des parcours, des pratiques - créant un immense mouvement de va-et-vient tout à fait fait semblable à celui des commuters de banlieue, absorbés et rejetés à heures fixes par leur lieu de travail.
Profondément, c'est une autre sorte de travail qu'il s'agit ici, d'un travail d'acculturation, de confrontation, d'examen, de code et de verdict social : les gens viennent trouver là et sélectionner des objets-réponses à toutes les questions qu'ils peuvent se poser ; ou plutôt ils viennent eux-mêmes en réponse à la question fonctionnelle et dirigée que constituent les objets. Les objets ne sont plus des marchandises ; ils ne sont même plus exactement des signes dont on déchiffrerait et dont on s'approprierait le sens et le message, ce sont des tests, ce sont eux qui nous interrogent, et nous sommes sommés de leur répondre, et la réponse est incluse dans la question. Ainsi fonctionnent semblablement tous les messages des médias : ni information, ni communication, mais référendum, test perpétuel, réponse circulaire, vérification du code.
Il faut que la masse des consommateurs soit homogène à la masse des produits (comme il faut, dans le système universel des test, que la réponse ne soit qu'un écho signalétique de la question). La confrontation et la fusion (la confusion) de ces deux masses qui s'opèrent dans l'hypermarché font de celui-ci quelque chose de très différent non seulement des marchés traditionnels, mais encore des supermarchés, qui ne sont que des épiceries à grande échelle. Ici apparaît la masse critique au-delà de laquelle la marchandise devient hypermarchandise, qui n'est plus liée à des besoins distincts et à leur satisfaction, à des signes encore distincts de statut et de prestige, mais qui constitue une sorte d'univers signalétique total, ou de circuit intégré, qu'une impulsion parcourt et maintient de part en part, transit incessant des choix, des sélections, des marques, de la publicité. Ici, tous les produits n'ont d'autre objectif que de vous maintenir en état de masse intégrée, de flux transistorisé, de molécule aimantée. C'est cela qu'on vient apprendre ici ; c'est l'hyperréalité de la marchandise.
Pas de relief, de perspective, de ligne de fuite où le regard risquerait de se perdre, mais un écran total où les panneaux publicitaires et les produits eux-mêmes dans leur exposition ininterrompue jouent comme des signes équivalents et successifs. Il y a des employés uniquement occupés à refaire le devant de la scène, l'étalage en surface, là où le prélèvement des consommateurs a pu créer quelque trou. Le self-service ajoute encore à cette absence de profondeur : un même espace homogène, sans médiation, réunit les hommes et les choses, celui de la manipulation directe. Mais qui manipule l'autre ? 
Même la répression s'intègre comme signe dans cet univers de simulation. La répression devenue dissuasion n'est qu'un signe de plus dans l'univers de persuasion. Les circuits de télévision antivol font eux-mêmes partie du décor de simulacres. Une surveillance parfaite sur tous les points exigerait un dispositif de contrôle plus lourd et plus sophistiqué que le magasin lui-même. Ce ne serait pas rentable. C'est donc une allusion à la répression, un « faire-signe » de cet ordre, qui est mis là en place ; ce signe alors peut coexister avec tous les autres, et même avec l'impératif inverse, par exemple celui qu'expriment d'immenses panneaux vous invitant à vous détendre et à choisir en toute sérénité. Ces panneaux, en fait, vous guettent et vous surveillent aussi bien, ou aussi peu, que la télévision « policière ». Celle-ci vous regarde, vous vous y regardez, mêlé aux autres, c'est le miroir sans tain de l'activité consommatrice, jeu de dédoublement et de redoublement qui referme ce monde sur lui-même. 
L'hypermarché est inséparable des autoroutes qui l'étoilent et l'alimentent, des parkings avec leurs nappes d'automobiles, du terminal de l'ordinateur – plus loin encore, en cercles concentriques -, de la ville entière comme écran fonctionnel total des activités. L'hypermarché ressemble à une grande usine de montage, à cecié près que, au lieu d'être liés à la chaîne de travail par une contrainte rationnelle continue, les agents (ou les patients), mobiles et décentrés, donnent l'impression de passer d'un point à l'autre de la chaîne selon des circuits aléatoires. Les horaires, la sélection, l'achat sont aléatoires, eux aussi, à la différence des pratiques de travail. Mais il s'agit bien quand même d'une chaîne, d'une discipline programmatqiue, dont les interdits se sont effacés derrière un glacis de tolérance, de facilité et d'hyperréalité. L'hypermarché est déjà, au-delà de l'usine et des institutions traditionnelles du capital, le modèle de toute forme future de socialisation contrôlée : retotalisation en un espace-temps homogène de toutes les fonctions dispersées du corps et de la vie sociale (travail, loisir, nourriture, hygiène, transports, médias, culture) ; retranscription de tous les flux contradictoires en termes de circuits intégrés ; espace-temps de toute une simulation opérationnelle de la vie sociale, de toute une structure d'habitat et de trafic. 
Modèle d'anticipation dirigée, l'hypermarché (aux USA surtout) préexiste à l'agglomération : c'est lui qui donne lieu à l'agglomération, alors que le marché traditionnel était au coeur d'une cité, lieu où la ville et la campagne venaient frayer ensemble. L'hypermarché est l'expression de tout un mode de vie où ont disparu non seulement la campagne mais la ville aussi pour laisser place à l'« agglomération » - zoning urbain fonctionnel entièrement signalisé, dont il est l'équivalent, le micromodèle sur le plan de la consommation. Mais son rôle dépasse de loin la consommation », et les objets n'y ont plus de réalité spécifique : ce qui prime, c'est leur agencement sériel, circulaire, spectaculaire, futur modèle des rapports sociaux. 
La « forme » hypermarché peut ainsi aider à comprendre ce qu'il en est de la fin de la modernité. Les grandes villes ont vu naître, en un siècle environ (1850-1950), une génération de grands magasins « modernes » (beaucoup portaient ce nom sous une façon ou une autre), mais cette modernisation fondamentale, liée à celle des transports, n'a pas bouleversé la structure urbaine. Les villes sont restées des villes, tandis que les villes nouvelles sont satellisées par l'hypermarché ou le shopping center, desservis par un réseau programmé de transit, et cessent d'être des villes pour devenir des agglomérations. Une nouvelle morphogénèse est apparue, qui relève du type cybernétique (c'est-à-dire reproduisant au niveau du territoire, de l'habitat, du transit les scénarios de commandement moléculaire qui sont ceux du code génétique), et dont la forme est nucléaire et satellitique. L'hypermarché comme noyau. La ville, même moderne, ne l'absorbe plus. C'est lui qui établit une orbite sur laquelle se meut l'agglomération. Il sert d'implant aux nouveaux agrégats, comme font parfois aussi l'université ou encore l'usine – non plus l'usine du 19e siècle ni l'usine décentralisée qui, sans briser l'orbite de la ville, s'installe en banlieue, mais l'usine de montage, automatisée, à commandement électronique, c'est-à-dire correspondant à une fonction et à un procès du travail totalement déterritorialisés. Avec cette nouvelle usine, comme avec l'hypermarché ou l'université nouvelle, on n'a plus affaire à des fonctions (commerce, travail, savoir, loisir) qui s'autonomisent et se déplacent (ce qui caractérise encore le déploiement "moderne" de la ville) mais à un modèle de désintégration des fonctions, d'indétermination des fonctions et de désintégration de la ville elle-même, qui est transplanté hors ville et traité comme modèle hyperréel, comme noyau d'une agglomération de synthèse qui n'a plus rien à voir avec la ville. Satellites négatifs de la ville, qui traduisent la fin de la ville, même de la ville moderne, comme espace indéterminé, qualitatif, comme synthèse originale d'une société. 

Un modèle des années 70

On voit particulièrement à L'Ilo la réalisation de cette "philosophie" de l'hypermarché que décrivait Baudrillard : ceux qui l'ont construit et conçu ont même poussé à bout la logique de l'hypermarché puisqu'ils ont encore réinstallé cet hyper en plein coeur de la ville. Ils ont prétendu que ce centre commercial allait tenir le rôle du centre ville d'Epinay.

Ainsi on voit effecitvement que le centre commercial n'a que 3 accès mais que beaucoup de personnes les prennent juste pour traverser et aller de De Lattre à rue de Paris, pour "couper". Le centre commercial remplace l'épicerie, remplace même la ville elle même et selon ses créateurs la ville et le centre commercial se mélangent totalement. On voit même que les boutiques sur la rue de Paris restent vide, car les passages piétons sont maintenant rares dans cette rue mal éclairée et pas très sûre, par rapport à l'allée principale de l'Ilo.

A coté de ça les habitants sentent bien qu'Epinay n'est pas une ville "normale". Il n'y a pas vraiment de lieu où se promener, ou faire des rencontres, peu de cafés, de petits commerces, de parcs vraiment agréables et qui ne soient pas entourés d'immeubles.

C'est parce qu'Epinay n'est pas une ville : c'est juste une extension qui permet à la clientèle de l'hypermarché de vivre tout autour et d'y venir tous les jours et même plusieurs fois par jour. Citons Baudrillard : "L'hypermarché comme noyau. La ville, même moderne, ne l'absorbe plus. C'est lui qui établit une orbite sur laquelle se meut l'agglomération."

Le hard discount, hérésie écologique et sociale
La walmartisation du monde


L'autre aspect de l'Ilo c'est le choix par Auchan du "hard discount". C'est aussi ce que Baudrillard décrit comme parcours fléché du client, avec ses grands panneaux fluos oranges, jaunes, et ses étalages énormes de produits identiques sur parfois presque un mètre de largeur.

L'objectif est clair : avec des clients de plus en plus modestes, les enseignes hard discount comme Wal Mart aux USA ont l'objectif de faire quand même dépenser beaucoup d'argent, et même beaucoup plus que les clients ont besoin de dépenser ! La "walmartisation" transforme les habitudes des consommateurs pour finir par les rendre dépendants de l'hypermarché hard discount.

On trouve ainsi à l'Ilo des produits de très basse qualité mais à des prix qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs. Le client finit par s'habituer à ces prix et à ne plus acheter ailleurs, même s'il achète ses oeufs par 15 et ses poulets par 3 alors qu'il n'a besoin que de 6 oeufs et d'1 poulet, parce que 15 oeufs chez Auchan l'Ilo coûtent moins cher que 6 et 3 poulets que 1.

C'est donc aussi une hérésie sociale et écologique car :
- le client est obligé de venir en voiture, doit consacrer un budget plus important à ses déplacements et dépense presque tout son argent disponible dans ses "courses"
- on incite le client à privilégier la quantité à la qualité, avec des produits mauvais mais on laisse penser qu'il vaut mieux "plus" que "meilleur"
- on favorise les problèmes d'obésité qui ont explosé aux USA en grande partie à cause de la walmartisation
- et in fine  le tout n'a pas d'autre objectif que d'augmenter les profits d'Auchan et de la grande distribution, rappelons le !

La monstruosité urbanistique et architecturale de l'Ilo

Enfin, mais ça rejoint la réflexion de Baudrillard, l'architecture de l'Ilo montre bien les préjugés de sa conception et la façon dont les architectes considèrent la population d'Epinay. Les architectes prétendent que l'Ilo s'inspirent du parc Güell de Barcelone, mais rien ne ressemble moins à un parc que le centre commercial l'Ilo. En fait, si l'on regarde d'autres centres commerciaux récents (Aéroville, Beaugrenelle) on voit que l'Ilo fait tout le contraire : les nouveaux centres commerciaux essaient souvent d'avoir une ambiance calme, un peu luxueuse, et donner aux gens une impression de confort.

Là c'est l'inverse : l'ambiance est bruyante, des couleurs fluos partout, du mouvement dans tous les sens, la cohue, les passages de jeunes et de familles dans la galerie. Même les escalators ont été faits pour qu'on soit obligé de monter à l'étage et qu'il soit compliqué de descendre et de sortir. Avec seulement 3 portes de sortie, en plus, et aucune boutique qui ouvre à la fois sur la galerie et sur la rue, on a à l'Ilo l'impression d'être vraiment enfermé, "séparé" de la ville, comme si toute la ville y entre mais qu'il est difficile d'en sortir. Le résultat c'est une ambiance anxiogène, aggravée par un bruit permanent de foule qui résonne encore pire que dans les plus mauvaises gares.

Conclusion

L'Ilo est donc :

- la réalisation en 2013 d'un projet des années 70

- un hypermarché voué à l'échec comme ses prédécesseurs

- une catastrophe sociale et écologique par le modèle hard discount hérité de Walmart

- un monstre urbanistique conçu comme le noyau de la ville et qui en même temps se présente comme un blockhaus qui enferme le client et crée l'angoisse.